Il est 22 heures passées, rue 11 de la Médina, et la file d’attente déborde sur le trottoir. Pas pour un concert : pour monter au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur, où quatre peintres ont accroché leurs toiles entre les cordes à linge. On y entre par groupes de quinze. Le gardien, un carnet à la main, compte les visiteurs « pour que la terrasse tienne ».

C’est ça, le Off de la Biennale de Dakar. Depuis le début des années 1990, le rendez-vous de l’art contemporain africain s’accompagne d’une programmation parallèle, ouverte à qui veut exposer. Cette année, la carte distribuée à l’entrée du Musée Théodore Monod en recense plus de trois cents. Les organisateurs eux-mêmes reconnaissent ne plus pouvoir tout voir.

Des ateliers plutôt que des galeries

La tendance est nette : les artistes exposent là où ils travaillent. À Ouakam, le collectif Ndox a vidé son atelier de menuiserie pour y suspendre des sculptures faites de chutes de contreplaqué et de fers à béton récupérés sur les chantiers de la corniche. « On n’a pas d’argent pour louer un espace, alors on a fait de l’espace avec ce qu’on avait », résume Babacar Thiam, l’un des membres.

« On n’a pas d’argent pour louer un espace, alors on a fait de l’espace avec ce qu’on avait. »
Babacar Thiam, collectif Ndox

Aux Parcelles Assainies, une jeune peintre présente une série de vendeuses du marché, peintes sur des sacs de riz de cinquante kilos. Le procédé n’est pas neuf, mais le trait est sûr et les regards tiennent la distance. Deux collectionneurs venus d’Abidjan ont réservé trois pièces le premier soir.

Reste la question qui revient à chaque édition : que deviendront ces lieux une fois les visiteurs repartis ? La plupart des ateliers fonctionnent sans aide publique. Le Off fait la réputation de la Biennale ; il n’en touche presque rien.