On croyait tout savoir d’Antigone. La jeune troupe qui a joué trois soirs à guichets fermés au Théâtre national Daniel Sorano prouve le contraire. Créon est devenu un notable de quartier, Polynice un fils parti « à l’aventure » et revenu dans un cercueil, et la loi de la cité ressemble beaucoup à celle de la concession familiale.

Le décor tient en trois éléments : un mur de parpaings, des chaises en plastique, un projecteur posé au sol. Tout repose sur les comédiens. Dans le rôle-titre, Coumba Seck impose dès son entrée une colère à voix basse, presque murmurée, qui glace la salle.

La langue de la rue et des cérémonies rend à la tragédie son urgence. Les échanges entre Antigone et Créon prennent des airs de joute verbale, où chaque proverbe est une arme. Une partie du public rit aux répliques avant de les lire en surtitres ; l’autre suit avec un temps de retard, et la salle vibre en deux vagues.

On regrettera une deuxième partie un peu longue, où le chœur se répète. Mais la dernière scène, chantée sans accompagnement, laisse plusieurs secondes de silence avant les applaudissements. Ce silence-là ne trompe pas.