Le son arrive avant le musicien. Une boucle de kora, ralentie, filtrée, tourne dans la salle bondée du Plateau pendant que Mamadou Lamine Sy règle ses pédales. Puis il pose les mains sur l’instrument, et la boucle enregistrée devient le socle d’un morceau de quarante minutes. Vers 2 heures du matin, personne n’est parti.

La kora est une harpe-luth à vingt et une cordes, montée sur une grande calebasse tendue de peau. Elle accompagne depuis des siècles les récits des griots, ces maîtres de la parole qui conservaient la mémoire des familles et des royaumes mandingues. Longtemps, on ne la jouait qu’en famille, de père en fils.

« Je joue la même chose que mon grand-père »

Mamadou Lamine Sy, 29 ans, vient d’une lignée de griots de Casamance. Il a appris sur la kora de son grand-père, avant de découvrir les logiciels de production au lycée. « Je ne crois pas avoir changé l’instrument, dit-il. Je joue la même chose que mon grand-père. Simplement, je la joue plus longtemps, et plus fort. »

« Je joue la même chose que mon grand-père. Simplement, je la joue plus longtemps, et plus fort. »
Mamadou Lamine Sy, koriste

Il n’est pas seul. À Dakar, Bamako et Banjul, une poignée de koristes enregistrent avec des producteurs de musique électronique, tournent en Europe et publient des remix que reprennent les DJ de Lagos. Les puristes grincent parfois des dents. Les familles de griots, elles, suivent de près : un instrument qui voyage, c’est aussi un métier qui continue.