Le combat a duré quatre-vingt-dix secondes. La journée, elle, avait commencé à 14 heures. Entre les deux, l’arène nationale de Pikine a vu défiler des chanteuses, des batteurs de tambours, des marabouts, des cortèges de supporters vêtus aux couleurs de leur écurie, et deux lutteurs qui ont passé l’après-midi à s’asperger de préparations mystiques.
La lutte avec frappe, le laamb en wolof, est le sport le plus populaire du Sénégal. Les combats opposent des athlètes de plus de cent kilos qui peuvent se frapper à mains nues avant de chercher à faire tomber l’adversaire. Est déclaré vaincu celui qui touche le sol du dos, des fesses, ou des deux mains et des deux genoux à la fois.
Un spectacle total
Mais réduire la lutte au combat serait passer à côté de l’essentiel. Chaque lutteur entre dans l’arène en dansant, accompagné de ses batteurs et de chanteuses qui récitent ses exploits. Les tambours ne s’arrêtent jamais. Le public, venu de tout le pays, connaît les chants par cœur.
Les grandes affiches génèrent des cachets de plusieurs dizaines de millions de francs CFA, et une économie entière vit autour : promoteurs, vendeurs, couturiers, chaînes de télévision. Dans les quartiers, des centaines de jeunes s’entraînent sur les plages au lever du jour, en rêvant de l’arène.



